[Justice] Des pansements sur la détention provisoire – 2

Emprisonner des gens sans l’intervention d’un juge. Nemo vous en parlait dans CET ARTICLE.

La Cour de Cassation a, comme vous, réagit à cette disposition en décidant que tout prisonnier dont la détention provisoire avait été prolongée automatiquement devait être libéré si sa situation n’était pas réexaminée à « bref délai » par un juge judiciaire. Selon Nicolas Hervieux, professeur de droit public, « une manière de neutraliser le dispositif adopté dans l’urgence par la Garde des Sceaux ».

Sur le fond, Nemo se réjouit de cette décision. Car en France, la liberté doit rester la règle ; la détention, l’exception. Sur la forme… cette jurisprudence exige que des centaines de détenus soient rapidement convoqués sous peine d’être libérés. En pleine reprise d’activité, les tribunaux se seraient pas passés de ce stress supplémentaire… D’ailleurs, ils attendent toujours le versement de la prime Covid19 ! 😀

A la barre ⚖️8️⃣

Au tribunal, le juge interroge Henri Rochefort :

« Soutenez-vous que l’accusé n’a pas prémédité son acte alors qu’il avait sur lui un revolver chargé ? »

« En ce moment, j’ai sur moi de quoi commettre un attentat à la pudeur et je vous assure que l’idée ne m’en effleure même pas. »

[Justice] Des pansements sur la détention provisoire

La détention provisoire est régie par les articles 143-1 et suivants du Code de procédure pénale. Une fois mis en examen, l’individu est incarcéré pendant une période pouvant se prolonger jusqu’à la décision du tribunal (en première instance ou en appel). Mesure privative de liberté, la détention provisoire est strictement encadrée par la loi. Ainsi, elle ne peut résulter que d’un mandat de dépôt décerné par le Juge des Libertés et de la Détention.

En France, le pourcentage de détenus à titre provisoire s’élève à 29 % du nombre total de détenus (31 % en Croatie, 30 % à Chypre, 38,2 % au Danemark, 31,1 % en Grèce, 32 % en Italie, 48,6 % au Luxembourg, 42,6 % aux Pays-Bas. )

En France, le principe est la liberté ; l’incarcération, l’exception.


Elle était probablement LA mesure la plus contestée de toutes les ordonnances prises pendant la crise sanitaire : la prolongation, automatique et sans l’intervention du juge judiciaire, de toutes les détentions provisoires en France. Avocats et Magistrats s’étaient élevés contre cette décision destinée à protéger les juridictions confinées. Mais régulièrement saisi, le Conseil d’Etat n’y avait trouvé à redire.

Ainsi, pendant plus de six semaines, des individus sont restés en prison sans avoir rencontré un juge. « C’est la première fois depuis la loi des suspects de 1793 » avait relevé Louis Boré, président de l’ordre des avocats au Conseil d’Etat et à la Cour de cassation.

Mais ce régime d’exception a pris fin. Car le 7 Mai, les députés ont voté le retour à l’application des articles 143-1 et suivants du CPP.

« La prolongation automatique de la détention provisoire était une grave erreur. Nous y mettons fin. La crise actuelle peut amener à modifier le droit, mais elle ne doit pas l’emporter sur les principes, surtout quand des alternatives existent »

Naïma Moutchou – députée LREM du Val d’Oise

On sent comme une gêne. Alors, pour réparer les dégâts, la nouvelle loi instaure l’obligation d’une audience contradictoire devant le juge d’ici trois mois pour les individus mis en cause dans des dossiers criminels. A défaut, l’individu devra être remis en liberté. Mais aussi, toute personne dont la détention provisoire a été automatiquement prolongée pendant le confinement devra être reçue par son juge d’instruction dans les deux mois. A effectifs réduits et partiellement confinées, l’on voit mal comment les juridictions respecteront l’agenda…

Laurence Vichnievsky est députée MoDem du Puy-de-Dôme. Mais elle est aussi magistrate. Voici ce qu’elle déclarait (en off) à la presse le 8 Mai : à l’époque, « un large consensus s’était dégagé au sein de la commission pour faire comprendre que les ordonnances avaient peut-être dépassé ce que nous avions en tête au moment ou nous avions habilité le gouvernement à légiférer« .

De quoi avoir peur. Très peur.

[#Covid19] Prison limitée à 7️⃣0️⃣

Nous savons que depuis le confinement en France, le gouvernement a ordonné la libération de plus de cinq mille détenus en fin de peine (à l’exclusion des condamnés pour féminicides ou violences conjugales). La presse révèle qu’en Italie, le même procédé fut utilisé pour endiguer l’épidémie. Mais sur la base du simple critère de l’âge.

Ainsi donc, Francesco Bonura, 78 ans, et Franco Cataldo, 85 ans, membre du gang qui a tué le fils adolescent d’un repenti en 1996 et dissous son corps dans de l’acide, ont été libérés. Et il y en a (beaucoup) d’autres puisque quatre cent cinquante-six dossiers sont à l’étude.

Ceux dont les témoignages permirent ces arrestations dorment certainement très mal. La Mafia n’oublie jamais ceux qui la trahissent. 💀

[Justice] 4️⃣3️⃣8️⃣ Millions (suite)

Même en période de confinement, l’affaire Tapie suit son cours. Souvenez-vous, Nemo vous en parlait le 9 Mars. Bernard Tapie préparait alors son troisième plan d’apurement de dette.

Le 30 Avril, ainsi que nous l’annoncions, le Tribunal de Commerce de Bobigny a tranché : « le financement proposé par l’homme d’affaires n’est pas assuré« . La juridiction commerciale a rejeté ses propositions.

En conséquence, la liquidation des sociétés GBT (Groupe Bernard Tapie), actionnaire majoritaire du groupe de médias la Provence, et FIBT (Financière et Immobilière Bernard Tapie), qui détient le très bel hôtel de Cavoye (à Paris) et une villa à Saint-Tropez fut prononcée, ouvrant la voie à la vente de ces biens. L’Hôtel de Cavoye est estimé à 90 millions d’euros.

A l’annonce de la décision du Tribunal, le syndicat des journalistes de la Provence s’est dit « soulagé » tout en « regrettant » l’obstination de Bernard Tapie qui, selon lui, a mis en danger la pérennité de l’entreprise.

Les créanciers, eux, crient victoire.

Mais Bernard Tapie n’a pas dit son dernier mot. Car la décision du Tribunal de Commerce est susceptible d’appel… (à suivre).

A la barre ⚖️ 7

Est un accident du travail le fait pour un employé de cirque de se faire arracher le bras par un tigre.

CA Paris, 16/02/2012.

[Covid19] Déconfinement 1.

Nemo se fait des cheveux… Inutile de les couper en quatre. Les dossiers seront passés au peigne fin. Espérons qu’on ne lui cherchera pas des poux dans la tête!

Kafkaïen 😐

Manque de moyens, de volonté et de confiance. Des fonctionnaires que l’Etat n’équipe pas pour travailler à domicile.

Un Président de la République qui, par voie d’ordonnance, les punit de ne pas télétravailler pendant le confinement.

Kafka doit se marrer. 😜