Coup de barre (I)

Septembre 2022, Tribunal de Seine et Marne. Monsieur M, 39 ans, maintes fois jugé, trois fois évadé, comparaît pour ne pas s’être présenté aux rendez-vous que lui avait fixés l’association qui devait l’héberger jusqu’en Novembre. Condamné récemment à une obligation de résidence, Monsieur M. comparaît pour « évasion en récidive » d’un chantier d’insertion.

– Vous ne supportez pas les obligations ? l’interroge la présidente

– Affirmatif ! répond le prévenu qui s’exprime comme un militaire mais qu’un expert judiciaire a reconnu pleinement responsable de ses actes.

Les débats se poursuivent.

– Monsieur M., reconnaissez-vous vous être enfui du chantier d’insertion ?

– Affirmatif. Ma situation de placement extérieur était a priori idéale mais j’étais avec des individus aux pratiques religieuses rigoristes qui voulaient me tuer. Je craignais pour ma vie.

– Et la fuite de l’hôpital psychiatrique après votre tentative de suicide ?

– Je suis ambulancier. J’ai remarqué qu’il y avait des patients plus dans le besoin que moi…

Malgré des rires dans la salle, la présidente du tribunal reprend.

– Je relève 14 mentions à votre casier judiciaire. Et votre absence aux procès, sauf en comparution immédiate…

– C’est curieux. Je suis pourtant toujours ponctuel.

– Le tribunal en est d’autant plus vexé. Je lis que vous auriez pu décrocher votre licence d’économie et gestion si vous aviez honoré vos partiels. Que vous êtes ambulancier et plombier. Quel gâchis !

– Je vous entends, Madame le juge, ça fait 39 ans que je réfléchis à ma vie. Mais là, devant vous, je suis en train de perdre trois kilos et demi.

– Vous avez des projets ?

– Affirmatif ! Me réinsérer dans la société et manger une cuisse de bœuf.

– Qu’avez-vous fait en prison ?

– Une introspection personnelle. Et un concours de poésie.

Le Procureur se lève :

– Monsieur M. pourquoi volez-vous alors que vous avez des diplômes ?

– Je me considère comme un commercial qui aime revendre.

– Vous avez un fond dépressif ?

– Affirmatif. Depuis 35 ans (Monsieur M. en a 39)

Le Procureur requiert six mois de prison, dont trois ferme avec exécution provisoire, un sursis probatoire de deux ans assorti d’une obligation de soins et de travailler. L’avocat, lui, insiste sur les capacités d’un client « à qui l’on peut faire confiance » mais qui doit revoir sa psychologue car des soins restent nécessaires.

A l’issue des débats, le tribunal suivra les réquisitions du Parquet. Et, lorsque la Présidente du tribunal énoncera la condamnation, Monsieur M. coupera court : « Tout ira bien, Madame le juge. Merci ». Puis sortira en souriant de la salle d’audience.

15 commentaires sur « Coup de barre (I) »

  1. C’est bon ça, les parcours de vie sont tous très particulier, celui là est effectivement très riches et somme toute vécu par choix et consciemment… Chapeau, Nul besoin d’être un héros pour vivre,
    Le pire dans ces parcours. Sont les cases police et justice,
    Mieux vaut y échapper, éviter ces cauchemars et ces horreurs, tout comme éviter les problèmes de Santé, les hôpitaux et les personnels de Santé,

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      1. Si ça peut faire plaisir à la communauté des gens responsables, grand bien leur fasse….
        Lui b n’a visiblement ni besoin de psychologue, ni de la justice pour savoir qui il est et comment fonctionne le système,
        Quel business !!!

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